Archive for the 'Culture et Cie' Category

La confusion des sentiments

« Je m’appelle Pietro Paladini, j’ai quarante-trois ans et je suis veuf.

Au regard de la loi, cette dernière affirmation est inexacte car Lara et moi n’étions pas mariés… Mais comme nous étions ensemble depuis douze ans et que depuis onze ans, nous habitions ensemble, que nous avons une fille qui en a maintenant dix et que, si ça ne suffisait pas, nous avions décidé de nous marier ( »finalement » ont dit un tas de gens), que nous avions déjà reçu des cadeaux, qu’à l’improviste, Lara est morte et que le jour qui aurait dû voir son mariage a été celui de son enterrement, la loi n’est pas le meilleur angle sous lequel considérer les choses. »

Ainsi débute le chapitre 2 d’un roman aussi troublant que dérangeant, dans lequel le temps semble suspendu, lorsque la douleur prend le pas sur la vraie vie… Le narrateur se réfugie dans une bulle – ce chaos calme – depuis laquelle il observe, spectateur immobile et dérouté, le monde qui s’agite et continue à vivre autour de lui…

Chaos calme – Sandro Veronesi – Grasset

Le plaisir dominical qui joue les prolongations

S’il est un plaisir qui se prolonge et se renouvelle inlassablement semaine après semaine, c’est bien la lecture du JDD.

Je la débute en général le dimanche après-midi avec un petit café et quelques carrés de chocolat.

Je picore l’actualité toute fraîche, dévore les chroniques de Michèle Stouvenot et de Bernard Pivot, zappe le sport, lis assidûment les pages Paris et Economie et me réserve mes rubriques chouchoutes – Style de Vie, Culture & Lecture – pour après.

Après quand ? Tout le reste de la semaine. Mon quotidien dominical préféré prend alors des allures d’hebdomadaire et je m’y promène jusqu’au dimanche suivant.

L’édition de ce jour ne déroge pas à la règle.

Beaux, rassurants et tout en couleurs !

A part l’actualité, on nous présente : Les nouvelles tendances en matière de design. Les objets qualitatifs et de proximité répondent désormais à un nouvel état d’esprit « durable » : consommer moins mais mieux. Les organisateurs du Salon Maison & Objets envisagent alors la maison comme « antidode à la crise », à la fois « iconoclash », « refuge » et « color patch », pleine d’objets « beaux, rassurants et tout en couleurs ».

On nous explique aussi que :

  • Le Friday Wear, qui autorise la décontraction au bureau le vendredi, tombe en désuétude
  • Les bars à soupe sont archi-tendance et se multiplient dans la capitale.
  • LE BEAU DANIEL CRAIG « qui a terminé Quantum of Solace sur les rotules » est bien un HOMME NORMAL qui veut montrer à la terre entière « qu’il n’est pas que James Bond », sait dire « Bonjour » en Français et que son sport préféré n’est pas de « sauter d’un hélicoptère » mais de « boire des bières avec des copains au pub ». Ouf !

« En janvier, lisez ce qu’il vous plaît ! »

Les pages Lecture nous clament que tout est permis car la rentrée littéraire bat son plein. Paul Auster, Andreï Makine et Philippe Sollers sont à l’honneur.

Pour finir en beauté, Michèle Stouvenot nous narre quelques « Petites Vacheries entre amis ».

Le Fémina, le supplément très féminin, se lit à toute vitesse, mais complète plutôt bien le journal. Ce dimanche, même si la fille ne fait pas franchement envie sur la couverture, j’ai lu que :

  • Les hommes peuvent être des papas tendres et fiers de l’être.
  • Nos filles font, comme nous bien avant elles, des pyjamas parties…
  • Le maquillage SMOKY (qui « habille le regard de mystère et de sex-appeal ») est sans doute ravissant mais qu’il n’est pas franchement fait pour mes yeux.
  • Les RADINS sont à la mode ! Véritable phénomène de société, le terme ne serait plus péjoratif et les radins ne seraient que des « malins » ayant développé un « savoir d’achat » leur permettant d’acheter moins cher et mieux. En résumé, plus de plaisir pour la même somme d’argent…

Et enfin, le meilleur pour la fin… Cette semaine, Vénus me « caressera de son aile protectrice et placera de charmantes personnalités sur ma route »… (merci Christine Haas !)

Je n’accorde aucune espéce d’importance aux horoscopes mais là, j’ai carrément envie d’y croire et de prolonger ce « plaisir dominical » tout au long de la semaine…

Femmes dénudées à l’affiche

Cette jolie brochette d’actrices nues et sexy n’est ni une pub controversée pour une marque de haute couture, ni une mise en scène très people en faveur de la défense des fourrures d’animaux en danger.

Au risque de surprendre, cette photo sera l’affiche du prochain Bal des actrices, le second long métrage très attendu de Maïwenn (après Pardonnez-moi).

Un film dont tout le monde parle beaucoup ces derniers temps mais sur lequel très peu de choses sont dévoilées. Pas encore de bande annonce disponible sur Internet où seules quelques photos circulent, dont celle-ci, notamment envoyée aux journalistes en guise d’invitation presse à la projection du film.

L’histoire est celle d’une réalisatrice qui veut faire un documentaire sur les actrices et qui va rapidement se prendre au jeu et se laisser dévorer par des femmes aussi fragiles que manipulatrices…

Le casting a de quoi faire rêver : Jeanne Balibar, Romane Bohringer, Marine Delterme, Julie Depardieu, Mélanie Doutey, Marina Foïs, Estelle Lefebure, Maïwenn, Linh Dan Pham, Charlotte Rampling, Muriel Robin, Karole Rocher, Karin Viard, Joey Starr, Pascal Greggory

Sortie en salles prévue le 28 janvier 2009.

La promesse de quelques bulles…

Je ne suis pas fan d’Amelie Nothomb, loin de là et pourtant, j’ai dévoré son dernier roman, Le Fait du Prince qui caracole en tête des ventes depuis de longues semaines déjà.

« Le nouveau Amélie Nothomb est un éloge de ce qui fait pétiller la vie » argumente François Busnel (L’Express) dans une chronique intitulée « Champagne ».

La promesse de quelques bulles… Il n’en a pas fallu davantage pour me donner envie de plonger dans ce roman à la couverture étrangement envoutante.

Le Fait du Prince est l’histoire d’un individu solitaire et sans histoire, Baptiste Bordave, qui coule une existence paisible et monotone jusqu’au jour où un homme sonne à sa porte, pénètre dans son appartement puis s’écroule quelques minutes plus tard pour ne jamais plus se relever. L’occasion est trop belle pour troquer une vie morne et sans relief contre une existence nouvelle.

En un clin d’oeil, sans remord ni pitié, Baptise Bordave devient donc le richissime Olaf Sildur.

Il entre dans la villa versaillaise et dans la vie de cet homme mort à ses pieds, comme si de rien était, s’incruste dans son intimité et prend ses aises, jour après jour, auprès de son épouse scandinave qu’il s’autorise à aimer comme sa propre femme. La belle partage avec lui des bulles de Champagne dont elle fait sa nourriture exclusive, sans jamais s’interroger vraiment sur cet imposteur qui excelle dans le rôle de son défunt mari, sans rien connaître de lui.

Le roman, déroutant et dérangeant, regorge de petites phrases succulentes qui font sourire et rendent l’imposteur (débutant mais culotté) presque sympathique.

« Je voulais vivre à grandes enjambées, m’exalter d’exister. Rien de tel que d’adopter l’identité d’un inconnu pour connaître l’ivresse du large (…) « Existe-t-il des vacances plus profondes que de prendre congé de soi-même ? »

Puis, en parlant de l’épouse de l’homme dont il a usurpé l’identité : « Mon prédécesseur avait bon goût. Elle avait le physique de la Scandinave rêvée, grande, svelte, blonde aux yeux bleus, les traits assortis à la finesse générale. Le mieux, c’est qu’à son insu, elle était ma femme. Je souris en terminant mon assiette. Quelle situation délicieuse. Je ne savais pas son prénom ».

« Je me retrouvai dans la situation enviable de mari, sans devoir subir les formalités d’usage »

Et, lorsqu’elle accepte de tout quitter pour suivre celui qu’elle sait être un parfait inconnu : « Je l’aidai à faire sa valise, choisissant les robes qui me plaisaient le plus. J’admirai la désinvolture avec laquelle elle abandonna le reste de sa vie ».

Le Fait du Prince, un roman qui décrit comment l’absurde devient possible grâce à un coup de pouce du destin, beaucoup de culot, un peu de chance et surtout l’ivresse du Champagne…

Le Fait du Prince – Amélie Nothomb – Albin Michel – 15,90 €

Un Américain à Paris…

Siri Hustvedt dédicacera son dernier roman « Elégie pour un américain » publié chez Actes Sud à la librairie L’Arbre à Lettres Mouffetard le vendredi 20 juin à partir de 18h30 pour son.
Cette chronique new-yorkaise post 11 septembre a déjà touché un large public aux Etats-Unis. Un ouvrage également disponible en VO

Siri Hustvedt à la librairie L'Arbre à Lettres Mouffetard

PREMIERE PAGE (Extrait) :

Ma sœur l’appelait « l’année des secrets » mais à présent, avec le recul, j’ai fini par comprendre que ce temps n’était pas celui de ce qui était là, mais de ce qui n’y était pas. Une de mes patientes m’a dit un jour: « Il ya des fantômes qui se baladent à l’intérieur de moi; ils ne parlent pas toujours. Parfois, ils n’ont rien à dire. » Sarah clignait des yeux ou les tenait fermés la plupart du temps parce qu’elle avait peur d’être aveuglée par la lumière. Je crois que nous avons tous des fantômes en nous, et que c’est mieux s’ils parlent que s’ils restent muets. Après la mort de mon père, je n’ai plus pu lui parler en personne, mais je n’ai pas cessé d’avoir avec lui des conversations dans ma tête. Je n’ai pas cessé de le voir dans mes rêves ni d’entendre ses paroles. Et pourtant c’est ce que mon père n’avait pas dit qui a pris un moment possession de ma vie – ce qu’il ne nous avait pas dit. Il s’est avéré qu’il n’était pas seul à avoir eu des secrets. Le 6 janvier, quatre jours après ses funérailles, nous sommes tombés, Inga et moi, sur la lettre dans son bureau.

Librairie L’Arbre à Lettres Mouffetard

2, rue Edouard Quenu – 75005 Paris – Métro Censier Daubenton – Tél. 01 43 31 74 08