Archive for the 'Mes lectures' Category

Quite sad but so chic !

Il y a quelques mois, j’ai acheté, sans grande conviction mais avec l’envie assumée de me distraire, L’Amour dure 3 ans, de Frédéric Beigbeder, récemment réédité en poche après la sortie du film éponyme, adaptation cinématographique libre, notamment remarquée grâce à la présence de la très sexy Louise Bourgoin.

Pas franchement gai mais bourré d’auto-dérision, de phrases philosophico-spirituelles à 3 francs 6 sous mais aussi de têtes de chapitres inspirées de références littéraires et autres titres de chansons en tout genre (Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve / Les illusions perdues…), ce roman autobiographique, qui n’a décidément de raison d’être que s’il se picore avec légèreté et recul, a eu le mérite de me faire sourire…

“Dès que j’ai l’air triste et qu’on me demande pourquoi, je rétorque de but en blanc :

parce que l’amour dure trois ans. Je trouve ça d’un chic fou.”


Quelques perles puisées ça et là…

- “Je ne suis jamais rassasié : quand une fille me plaît, je veux tomber amoureux ; quand j’en suis amoureux, je veux l’embrasser ; quand je l’ai embrassée, je veux coucher avec elle ; quand j’ai couché avec elle, je veux vivre avec elle dans un meublé ; quand je vis avec elle dans un meublé, je veux l’épouser ; quand je l’ai épousée, je rencontre une autre fille qui me plaît. L’homme est un animal insatisfait qui hésite entre plusieurs frustrations. Si les femmes voulaient jouer finement, elles se refuseraient à eux pour qu’ils leur courent après toute leur vie.”

- “Le si laid mois de mai. Avec ses ponts qui n’en finissent pas : Fête du Travail, Anniversaire du 8 mai 1945, Ascension, Pentecôte. Les longs week-ends sans Alice s’additionnent. Terrible privation organisée par l’Etat et la religion catholique, comme pour me punir de leur avoir désobéi à tous les deux. Stage intensif de souffrance.”

- “Tous mes soucis viennent de mon incapacité puérile à renoncer à la nouveauté, d’un besoin maladif de céder à l’attrait des mille possibilités incroyables que réserve l’avenir. C’est fou comme ce que je ne connais pas m’excite plus que ce que je connais déjà. Mais suis-je anormal ? Car ne préférez-vous pas lire un livre que vous n’avez pas lu, voir une pièce de théâtre que vous ne connaissez pas par coeur, élire n’importe qui Président plutôt que celui qui était là avant ?”

- “Je croyais t’avoir draguée par jeu, et voici que je me retrouve errant devant ta porte, le souffle coupé. L’amour est source de problèmes respiratoires”

Et quelques phrases pas si loin de la vérité finalement…

- “Les contes de fées n’existent que dans les contes de fées. La vérité est plus décevante, c’est pourquoi tout le monde ment”

- “Jamais personne ne m’a manqué comme ça. Sans toi, ma vie est une salle d’attente.”

- “Alice et moi avons eu une relation extra-conjugale. C’est ainsi qu’on appelle les plus bells passions romantiques, à notre époque. Des gens meurent d’amour tous les jours pour des liaisons extra-conjugales. Ce sont souvent des femmes que vous croisez dans la rue. Elles n’ont l’air de rien car elles cachent en elles ce secret, mais quelques fois vous les verrez pleurer sans raison devant un mauvais feuilleton, ou sourire d’une façon magnifique dans le métro et alors, vous saurez de quoi je parle.”

- “C’est donc cela la vie d’adulte : construire des châteaux de sable, puis sauter dessus à pieds joints, et recommencer l’opération, encore et encore, alors qu’on sait bien que l’océan les aurait effacés de toute façon ?”

- “On a beau dire, le meilleur moyen de ne pas regretter quelque chose reste de l’oublier”

- “Les plus belles fêtes sont celles qui ont lieu à l’intérieur de nous”

Au détour de chaque chapitre une réflexion, profonde ou franchement pathétique, s’inspire directement de la souffrance dans laquelle se vautre sans retenue aucune le narrateur. A la fin du roman, on se prend au jeu du compte à rebours… J-3 avant la rupture annoncée d’un amour…

Comme toujours, j’ignore si je verrai le film ou non. Louise Bourgoin, aussi charmante soit-elle dans le rôle d’Alice m’emmènera forcément bien loin de l’image que je me suis faite d’elle en picorant ce roman. J’ai toujours préféré la vision imaginaire qu’on peut se faire d’un personnage à sa transposition sur grand écran…

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Lorsque d’autres vies croisent et bouleversent la nôtre…

Je m’étais offert D’autres vies que la mienne dès sa sortie en librairie en mars 2009, très impatiente de mon plonger dans le récit de ces « autres vies » dont j’avais cru saisir quelques bribes à travers les nombreuses critiques littéraires. J’avais gardé un souvenir ému de La Classe de Neige, prix Fémina en 1995. J’ai pourtant attendu plus d’un an pour plonger dans D’autres vies que la mienne. Un peu comme si j’attendais le moment le plus propice, l’instant parfait pour me laisser envelopper par ce livre qu’on m’avait présenté comme émouvant, troublant, voire dérangeant.

« Toi qui es écrivain, tu vas écrire un livre sur tout ça ? »

A travers un récit composé de mots simples et de phrases fluides, les paragraphes nous emmènent dans l’horreur de deux événements dont l’auteur est témoin : la mort d’un enfant pour ses parents et celle d’une jeune femme pour ses jeunes enfants et son mari. L’auteur, spectateur silencieux de ces tragédies mêlant étroitement et inexorablement la vie à la mort, se voit pris bien malgré lui pris à témoin. On lui demande alors : « Toi qui es écrivain, tu vas écrire un livre sur tout ça ? ». Oui pourquoi finalement ne pas retranscrire ces histoires qui l’ont touché au point de donner un sens nouveau à sa propre vie ?

C’est ainsi que naît le livre, fruit presqu’improvisé d’histoires vraies qui ont bouleversé ses acteurs, tant principaux que secondaires.

La première nuit… et la dernière

D’autres vies que la mienne ne sombre jamais dans le pathos. Il n’y est jamais question de leçons de morale. Emmanuel Carrère se contente de mettre son talent d’écrivain au service de ces histoires de vie et de mort vécues dignement par leurs prooagonistes. Il nous livre, sur le ton de la confidence, ce qu’il a ressenti au plus profond de lui même, alors qu’il était aux premières loges du Tsunami, ayant emporté des milliers de personnes dont la petite fille de quatre ans d’un couple d’ami…

« C’est la première nuit. La nuit qui suit le jour où leur fille est morte. Ce matin, elle était vivante, elle s’est réveillée, elle est venue jouer dans leur lit, elle les appelait papa et maman, elle riait, elle était chaude, elle était ce qu’il existe de plus beau et de plus chaud et de plus doux sur terre, et maintenant elle est morte. Elle sera toujours morte »

… puis, lors du décès de la soeur de sa femme.

« C’était la dernière nuit de leur enfant, ou l’avant-dernière. Elle avait trente trois ans. Ils étaient venus là pour sa mort. Et les trois petites filles, à quelques kilomètres d’ici ? Est-ce qu’elles dormaient ? Qu’est-ce qui se passait dans leur tête ? Cela veut dire quoi, quand on a sept ans, de savoir que sa mère est en train de mourir ? Et quand on a quatre ans ? Un an ? A un an, on ne sait pas, on ne comprend pas, dit-on, mais on doit, même sans mots, deviner qu’il se passe quelque chose d’immensément grave autour de soi, que la vie est en train de basculer, qu’il n’y aura plus jamais vraiment de sécurité.

Une question de langage me tournait dans la tête. Je déteste qu’on emploie le mot « maman » autrement qu’au vocatif et dans un cadre privé. Pourtant, même pour moi, celle qui allait mourir, ce n’était pas la mère d’Amélie, de Clara et de Diane, mais leur maman et ce mot que je n’aime pas, ce mot qui depuis si longtemps me rend triste (…) j’avais envie de le prononcer. J’avais envie de dire à voix basse : maman, et de pleurer et d’être, pas consolé, non, mais bercé, juste bercé, et de m’endormir ainsi ».

Tout est vrai dans ce livre

Tout est vrai dans ce livre. C’est sans doute ce qui donne davantage de gravité encore à chaque page que l’on se prend à lire lentement et à étirer en longueur, comme pour être certain de parfaitement saisir le sens de chaque mot, de chaque expression, de chaque souvenir couchés sur le papier.

Ces autres vies qui croisent soudain la nôtre dérangent autant qu’elles bouleversent. Elles nous recentrent sur notre essentiel. Sur la vie. Simplement.

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J’ai aimé une femme. Plus que tout et puis je l’ai perdue…

3 little hearts

« J’ai aimé une femme… (…)

Je l’ai aimée plus que tout. Plus que tout… Je ne savais pas qu’on pouvait aimer à ce point… Enfin, moi en tout cas, je croyais que je n’étais pas… « programmé » pour aimer de cette façon. Les déclarations, les insomnies, les ravages de la passion, c’était bon pour les autres tout ça. D’ailleurs, le seul mot de passion me faisait ricaner. La passion, la passion ! Je mettais ça entre hypnose et superstition, moi… C’était presque un gros mot dans ma bouche. Et puis, ça m’est tombé dessus au moment où je m’y attendais le moins.

Je… J’ai aimé une femme.

Je suis tombé amoureux comme on attrape une maladie. Sans le vouloir, sans y croire, contre mon gré et sans pouvoir m’en défendre, et puis… (…)

Et puis je l’ai perdue. De la même manière. »

- J’ai aimé une femme… Je ne te parle pas de Suzanne, je te parle d’une autre femme.
J’avais rouvert les yeux.
- Je l’ai aimée plus que tout. Plus que tout…
Je ne savais pas qu’on pouvait aimer à ce point… Enfin, moi en tout cas, je croyais que je n’étais pas… « programmé » pour aimer de cette façon. Les déclarations, les insomnies, les ravages de la passion, c’était bon pour les autres tout ça. D’ailleurs, le seul mot de passion me faisait ricaner. La passion, la passion ! Je mettais ça entre hypnose et superstition, moi… C’était presque un gros mot dans ma bouche. Et puis, ça m’est tombé dessus au moment où je m’y attendais le moins. Je… J’ai aimé une femme.
Je suis tombé amoureux comme on attrape une maladie. Sans le vouloir, sans y croire, contre mon gré et sans pouvoir m’en défendre, et puis…
Il se raclait la gorge.
- Et puis je l’ai perdue. De la même manière.
« …Je l’ai aimée plus que tout. Plus que tout…
Je ne savais pas qu’on pouvait aimer à ce point…
Enfin moi en tout cas, je croyais que je n’étais pas… programmé pour aimer de cette façon. Les déclarations, les insomnies, les ravages de la passion, c’était bon pour les autres, ça.
D’ailleurs le seul mot de la passion me faisait ricaner. La passion, la passion!
Je mettais ça entre hypnose et superstition, moi… C’était presqu’un gros mot dans ma bouche.
Et puis ça m’est tombé dessus au moment où je m’y attendais le moins. Je…J’ai aimé une femme.
Je suis tombé amoureux comme on attrape une maladie. Sans le vouloir, sans y croire, contre mon gré et sans pourvoir m’en défendre… »
« … J’aimais cette femme. J’aimais cette Mathilde. J’aimais le son de sa voix, son esprit, son rire, son regard sur le monde, cette espèce de fatalisme des gens qui se sont beaucoup promenés. J’aimais son rire, sa curiosité, sa discrétion, sa colonne vertébrale, ses hanches un peu saillantes, ses silences, sa douceur et… tout le reste.
Tout… tout.
Je priais pour qu’elle ne puisse plus vivre sans moi. Je ne pensais pas aux conséquences de notre histoire. Je venais juste de découvrir que la vie était beaucoup plus gaie quand on était heureux… »
« …Elle me fascinait…J’aurais voulu que le monde s’arrête de tourner. Que cette nuit ne finisse jamais… Je ne voulais plus la quitter.
Au bout de combien de temps oublie-t-on l’odeur de celui qui vous a aimée ? Et quand cesse-t-on d’aimer à son tour ?
J’aime être avec toi parce que je ne m’ennuie jamais. Même quand on ne se parle pas, même quand on ne se touche pas, même quand on n’est pas dans la même pièce, je ne m’ennuie pas. Je ne m’ennuie jamais. Je crois que c’est parce que j’ai confiance en toi, j’ai confiance en tes pensées. Tu peux comprendre ça ? Tout ce que je vois de toi et tout ce que je ne vois pas, je l’aime. Pourtant je connais tes défauts. Mais justement, j’ai l’impression que tes défauts vont bien avec mes qualités
Je me disais : « Allez, il faut pleurer une bonne fois pour toutes. Tarir les larmes, presser l’éponge, essorer ce grand corps triste et puis tourner la page. Penser à autre chose. Mettre un pied devant l’autre et tout recommencer. » On me l’a dit cent fois. Mais pense à autre chose. La vie continue. Pense à tes filles. Tu n’as pas le droit de te laisser aller. Secoue-toi. Oui, je sais, je le sais bien, mais comprenez-moi je n’y arrive pas. D’abord qu’est-ce que ça veut dire, vivre ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Mes enfants, mais qu’ai-je à leur offrir ? Une maman qui boite ? Un monde à l’envers ? Je veux bien me lever le matin, m’habiller, me nourrir, les habiller, les nourrir, tenir jusqu’au soir et les coucher en les embrassant. Je peux le faire. Tout le monde peut. Mais pas plus

Il y a quelques semaines, Canal + diffusait Je l’aimais, le film adapté du roman éponyme d’Anne Gavalda. La confession d’un père à sa belle-fille à propos d’un amour perdu et interdit.

Je l'aimais film

Je me souviens de la séance de cinéma durant laquelle j’ai découvert ce film, mis en scène par Zabou Breitman.

Je me souviens avoir eu envie de prolonger le silence et l’émotion de la séance avec le roman que je n’avais pas lu jusque là. Alors, dès le lendemain, je me suis procuré celui-ci et l’ai parcouru d’un seul trait, avec lenteur, un crayon à la main pour souligner mes passages préférés.

Je l’aimais est une histoire amoureuse dévorante. Une histoire qui raconte un amour dévastateur mais lâche, fait de questionnements, d’allers et retours sans issue et d’inévitables impasses. Une histoire banale somme toute. L’histoire de la passion amoureuse. L’histoire de deux vies qui se croisent, qui s’entremêlent et qui se loupent.

La fameuse histoire du bonheur reconnaissable au bruit qu’il fait en s’enfuyant, de Prévert…

Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze interprètent les deux personnages principaux de cette histoire d’amour étrangement simple  aux accents saillants et douloureux… L’histoire d’un homme qui passe à côté d’une femme. L’histoire de deux amoureux qui finissent par se quitter. L’histoire banale d’un amour interrompu.

« J’aimais cette femme. J’aimais cette Mathilde. J’aimais le son de sa voix, son esprit, son rire, son regard sur le monde, cette espèce de fatalisme des gens qui se sont beaucoup promenés. J’aimais son rire, sa curiosité, sa discrétion, sa colonne vertébrale, ses hanches un peu saillantes, ses silences, sa douceur et… tout le reste. Tout… Tout. Je priais pour qu’elle ne puisse plus vivre sans moi. Je ne pensais pas aux conséquences de notre histoire. Je venais juste de découvrir que la vie était beaucoup plus gaie quand on était heureux… »

Je l’aimais est ponctué des mots d’amour d’un homme à une femme. De déclarations qui arrivent trop tard. Car l’homme perd cette femme dont il aura été éperdument amoureux. Il l’a perd en sachant qu’il continuera à l’aimer, toute sa vie durant. Il la laisse s’en aller et lui échapper parce qu’il n’a pas la force de choisir. Parce que ce renoncement lui semble plus simple. Alors elle s’en va…

« Les yeux mi-clos et le coeur au bord des lèvres, je songeais au désastre qu’avait été ma vie. Le bonheur était là et je l’avais laissé passer pour ne pas me compliquer l’existence »…

Je l’aimais est l’histoire d’un amour unique dont le destin tragique ressemble à tellement d’autres…

Lecture à voix haute

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire le roman après avoir vu le film. Je crois que l’inverse n’aurait pas été vrai. En effet, comment ne pas être déçu lorsque les scènes d’un film ne nous mènent pas là où notre imagination nous a conduit lors de la lecture ?

De la même façon, je ne suis pas allée voir l’adaptation du livre au théâtre de l’Atelier l’hiver dernier.

Sans doute la peur de voir s’envoler les images et ma façon à moi de conserver ce souvenir intact… Un souvenir un jour partagé par amour lors d’une lecture à voix haute. Une histoire relue cet été. Il y a des textes qu’on n’oublie pas, des textes qui nous parlent plus que d’autres et qui ne nous quittent pas. Il y  a des textes comme ça…

« Le bonheur était là et je l’avais laissé passer pour ne pas me compliquer l’existence. c’était si simple pourtant. Il suffisait de tendre la main. Le reste se serait bien arrangé d’une façon ou d’une autre. Tout finit par s’arranger quand on est heureux, tu ne penses pas ? »


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Lecture et relectures

livre

Et vous, quel livre aimeriez-vous relire ?

Le JDD posait ce dimanche la question à quelques célébrités (économiste, écrivain, journaliste ou banquier).

Tous, à une exception près, ont cité des classiques, tantôt les Histoires de Shakespeare, tantôt le Bateau Ivre de Rimbaud ou l’Education Sentimentale de Flaubert. Autant de textes et d’auteurs étudié sur les bancs de l’école ou de la Fac par obligation d’abord, par plaisir parfois mais que chacun se prend visiblement à (re)-savourer d’une lecture plus attentive et d’un oeil plus mature une fois parvenu à l’âge adulte. L’obligation disparaît alors pour céder la place à la surprise de découvrir combien ces textes classiques sont empreints de modernité et font échos à notre vie actuelle.

Teresa Cremisi, pdg de Flammarion traduit merveilleusement l’émotion procurée par cette relecture en quelques lignes :

« Quand on décide de relire un texte, c’est que l’on cherche à renouveler une excitation.

On veut retrouver ce que l’on sait nous convenir.

Ajouter un nouveau plaisir, modifié par le temps qui passe, à des plaisirs anciens ».

S’il est un ouvrage dont je vais m’offrir prochainement la relecture avec un plaisir infini, c’est bien Belle du Seigneur d’Albert Cohen, dont les 845 pages m’avaient séduites alors que je n’était qu’une lycéenne, puis passionnée une fois devenue femme. Qualifié de « Chef d’oeuvre absolu » par Joseph Kessel, ce roman de longue haleine (débuté en 1930 et publié en 1968) avait alors reçu le Grand Prix du roman de l’Académie Française.

Belle du seigneur

« Alors il lui ferma les yeux, et il se leva, et il la pris dans ses bras, lourde et abandonnée, et il alla vers la chambre, la portant, contre lui la serrant, et de tout son amour la berçant, berçant et contemplant, muette et calme, l’amoureuse qui avait tant donné ses lèvres, tant laissé de fervents billets au petit matin, berçant et contemplant, souveraine et blanche, la naïve des rendez-vous à l’étoile polaire ».

J’ai récemment réaménagé mon salon et chamboulé ma grande bibliothèque. Ce remue-ménage m’a donné l’occasion de reprendre chaque livre en main, de le refeuilleter, de me souvenir ou au contraire, de ne plus rien savoir d’un roman. L’envie de relire certains d’entre eux est alors apparue comme une évidence.

Ainsi, ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie…

S’il y a bien un objet dont je ne me séparerais pas, c’est bien un livre et les miens m’accompagnent depuis l’enfance, dans chacun de mes lieux de vie et à chaque étape de mon existence.

Alors, au hasard et parce qu’il fallait bien commencer par l’un d’entre eux, j’ai relu Affaires personnelles de Jean-Marc Roberts, un roman aux pages jaunies dont je n’avais presqu’aucun souvenir, l’histoire d’une femme aimée par deux hommes : « Nous n’avions jamais été tous les trois aussi près du chiffre deux… »

Affaires personnelles

Et Daniel Cohen de conclure…

« Un jour, j’ai commencé à relire les livres de mon adolescence, ceux que j’avais découvert avant d’avoir 20 ans, que j’avais lus par morceaux, dans le désordre, et que j’ai relus d’une traite, sur deux étés. Je pense que je les relirai tous, une nouvelle fois, le jour qui n’est pas encore venu, où je voudrai prendre la mesure du temps qui passe, retrouver l’émotion adolescente que produit la lecture de ces belles histoires d’amour qui finissent mal et font penser à celui qui les relit :

Ainsi, ce que j’avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie. »


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Le nez dans le guidon, tous dans le même bain !

« Quand l’immédiat dévore, l’esprit dérive »

Edgar Morin

Trop vite

Paru le 5 mai dernier, « Trop Vite », le dernier opus de Jean-Louis Servan-Schreiber est pris dans un tourbillon médiatique parfaitement orchestré qu’il est impossible d’éviter et qui nous confronte, habilement et bien malgré nous, à notre réalité à tous. Aujourd’hui, le présent nous absorbe tellement que nous perdrions, selon l’auteur à succès, « la capacité de réfléchir au-delà de la journée ou de la semaine« .

Le nez dans le guidon

« Le nez dans le guidon » me semble de loin l’expression la plus appropriée pour définir les hommes que nous sommes devenus : des victimes d’une puissante spirale tant génératrice de confort que de frustration, et à la vie manifestement rythmée par une pendule, faussée et de plus en plus rapide, qui nous déroberait chaque jour un temps précieux à notre insue.

Pire, « notre passé semble avoir rétréci, en même temps que notre futur se raccourcit » explique JLSS… Web, mail, smartphones et autres SMS ne seraient que des outils qui, devenus, hélas, de première nécessité, nous permettrait de brûler des étapes en toute facilité mais à quel prix !

Insoluble casse-tête

Vie quotidienne, économique ou politique, nous sommes apparemment tous dans le même bain – ou le même marasme – privés de la conscience du temps, égarés dans la dualité d’aller toujours plus vite tout en prenant tout notre temps. Insoluble casse-tête…

Parce que nous le valons bien

Mais à la question « Peut-on encore ralentir ? », posée ouvertement par le JDD, JLSS n’oppose qu’un « Je ne suis qu’un simple journaliste » sans suggérer la moindre piste de solution…

Fichtre ! Nous voici donc livrés à notre triste sort sans la moindre issue à l’horizon… Peut-être l’objet d’un tome 2. Il y a en effet fort à parier que le premier fanfaronnera en tête des classements d’essais littéraires sur la même étagère que ses cousins « Alimentation anti-cancer » et « Maigrir dans effort ». Simplement parce que nous le valons bien…

Je n’ai pas encore acheté ce livre. A bien y réfléchir, je ne suis pas certaine de vouloir me le procurer. Trop de battage médiatique et de débats desservent parfois un ouvrage.

A une époque où l’on manque de temps libre, on a tendance à réfléchir plutôt deux fois qu’une à la façon dont on veut employer celui-ci. A quoi bon relire ce qu’on a déjà lu ou entendu des dizaines de fois ? L’info nous est hachée menu ; la leçon est claire et les perspectives qu’elle nous ouvre bien minces apparemment. Commençons par prendre tout cela à contre-pied en prenant simplement le temps d’y réfléchir…

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Parlez-moi d’amour…

parlez-moi

Tout est bon pour parler de cet intarissable sujet.

La rubrique littéraire de mon journal préféré, le JDD, se divise en deux ce dimanche : les prix littéraires bien sûr, et, une fois n’est pas coutume, l’amour dans la littérature. Pourquoi pas…

Chefs d’œuvre amoureux

Marie-Laure Delorme s’en est donc allée sonder les stars sur leur roman d’amour préféré. Entre plusieurs titres, leur cœur balance évidemment car la littérature française regorge de chefs d’œuvre amoureux.

En tête de liste pour ces sondés non anonymes arrive la triste et bouleversante Lettre d’une inconnue (voir mon post du 18 septembre dernier), confession d’une femme à un homme pour qui « l’amour ne peut être que quelque chose de léger, revêtant la forme d’un jeu et dénué d’importance. »

Dans ma liste très personnelle, Belle du Seigneur, d’Albert Cohen et la fameuse Délicatesse de David Foenkinos (voir mon post du 27 août dernier : Comment choisit-on ses romans ?).

Et vous, quelle est la vôtre ?

Le devenir du sentiment amoureux

Et puisque l’amour mérite encore quelques investigations, même après des siècles passés à en parler, le philosophe Alain Badiou s’est livré à une nouvelle réflexion sur le devenir du sentiment amoureux en compagnie du journaliste Nicolas Truong.

Eloge de l'amour

Dans cet Eloge de l’Amour condensé en 90 pages (Flammarion – Sortie le 4 novembre), on lit de ce sentiment à vivre pour « élargir son horizon » : « Il y a des points, des épreuves, des tentations, des apparitions neuves et à chaque fois, il faut rejouer la scène du Deux, trouver les termes d’une nouvelle déclaration. »

Indéniable constat oui.

Il y a fort à parier que cet essai ne sera pas le dernier sur le sujet que personne ne maîtrisera jamais, mais que chacun rêve de vivre avec passion, au moins une fois dans sa vie.

Cette fameuse scène du Deux, déclinable à l’infini, a encore quelques beaux jours devant elle…

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Conversation avec un libraire

J’ai toujours adoré l’ambiance si particulière des vieilles librairies.

J’aime aller à la rencontre de ces boutiques qui ne ressemblent à aucunes autres.

J’ai longtemps rêvé d’ouvrir ma propre librairie. J’y voyais déjà un petit salon salon de thé, un coin enfant et la possibilité d’y passer des heures, seul ou bien accompagné, à choisir un ouvrage, tourner des pages ou partager des expériences littéraires.

J’adore papoter avec les libraires. Ces hommes discrets mais disponibles, locaces mais pas trop, souvent planqués derrière leurs étagères et toujours passionnés.

La délicatesse

Hier, j’ai rencontré un libraire que je ne connaissais pas, dans une librairie où je n’étais jamais entrée.

Je lui ai demandé s’il avait lu La Délicatesse, le roman de David Foenkinos, dont je parlais dans « Comment choisit-on ses romans » le 27 août dernier. Il m’a répondu que non, mais qu’il en avait également beaucoup entendu parlé. Nous avions retenu les mêmes détails et lu les mêmes critiques. Comme pour moi, le titre faisait partie de sa liste de lectures.

Nous avons parlé quelques instants et cet épisode a participé au plaisir de cet achat imprévu.

Je me suis donc offert ce roman au titre charmant et au résumé évocateur.

« Il passait par là, elle l’avait embrassé sans réfléchir.
Maintenant, elle se demande si elle a bien fait.
C’est l’histoire d’une femme qui va être surprise par un homme.
Réellement surprise »
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Lettre d’une inconnue

Quel homme n’a pas rêvé un jour de recevoir une lettre d’amour d’une inconnue ?

Lettre d'une inconnue_Zweig

Stefan Zweig nous livre en 100 pages la lettre testament qu’une femme écrit à l’homme qu’elle a aimé, toute sa vie durant.

Une lettre sublime mais déchirante qui aura été la seule et unique fois où elle aura osé lui ouvrir son coeur.

Une lettre anonyme, bien que signée, qu’il reçoit d’une femme qu’il croit ne pas connaître.

Une lettre longue de deux douzaines de pages qu’elle lui livre avant de s’effacer pour toujours.

« Mon bien-aimé, je te le dis encore, je ne t’accuse pas ;
je ne veux pas que mes lamentations aillent jeter le trouble dans la joie de ta demeure.
Ne crains pas que je t’obsède plus longtemps ; pardonne-moi, j’avais besoin de le crier, une fois, de toute mon âme, à cette heure où mon enfant est étendu là, sans vie et abandonné.
Il fallait que je te parle, une fois, rien qu’une fois.
Je retourne ensuite dans mes ténèbres, et je redeviens muette, muette comme je l’ai toujours été à côté de toi. Ce n’est que quand je serai morte que tu recevras ce testament, testament d’une femme qui t’a plus aimé que toutes les autres, et que tu n’as jamais reconnue, d’une femme qui n’a cessé de t’attendre et que tu n’as jamais appelée.
Peut-être, peut-être alors m’appèleras-tu, et je te serai infidèle, pour la première fois puisque, dans ma tombe, je n’entendrai pas ton appel ».


Ce livre était sans doute le seul que je n’avais pas lu de Stefan Sweig.

La réédition, chez Stock, préfacée par Elsa Zylbertein, est une délicieuse surprise. Cette lettre dérange et fait mal.

Je l’ai dévorée en une heure le temps d’un trajet en train…, en silence et d’un seul trait, alors que le paysage défilait paisiblement à la fenêtre.

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Comment choisit-on ses romans ?

bouquins

Comment choisit-on ses lectures ?

La rentrée 2009 foisonnera de nouveaux romans. Livres Hebdo en annonce 659 français et étrangers, de quoi remplir les étagères des libraires pour un bon bout de temps !

Le choix d’un roman n’est pas anodin. Il marquera, on le sait, un instant de vie précis, une période bien déterminée, belle ou douloureuse, ici ou ailleurs, à laquelle on l’associera pour toujours. « J’ai lu ce livre sur la plage un soir d’été » se souviendra-t-on…

Dans La délicatesse, Nathalie lit un roman russe lorsque François, son mari la quitte pour aller faire un jogging. Peu après, elle apprend qu’il a été fauché par une voiture.

La delicatesse

« Instinctivement, elle mit un marque-page dans son livre et se précipita dehors ».

A la page 321. Avant, elle vivait avec un homme qu’elle aimait ; après, plus de François dans sa vie. Achèvera-t-elle la lecture de l’ouvrage ? Gardera-t-elle ce funeste marque-page qui a coupé en deux le roman de sa vie interroge Bernard Pivot.

Pas de doute, ce roman, achevé ou non, la marquera jusqu’à la fin de sa vie.

Sait-on vraiment ce qui détermine le choix d’un roman ?

La couverture sans doute, qui peut repousser ou attirer selon le choix de l’illustration.

Mais, en l’absence d’illustration, est-ce la collection de l’ouvrage (Plon, Gallimard, Albin Michel) ou encore le format (poche ou pavé) qui influencent puisque nous avons forcément nos préférences.

Ou bien est-ce plutôt le nom et la réputation d’un auteur dont on attend la rentrée littéraire avec avidité : « Jean-Marc Parisis et Patrick Besson ont écrit parmi leurs plus beaux livres » commente Marie-Laure Delorme dans le JDD ce dimanche. Comment ne pas devenir impatients ?

Et puis il y a les critiques littéraires : lorsque Bernard Pivot de l’académie Goncourt consacre deux colonnes à La Délicatesse de David Foenkinos en concluant : « David Foenkinos a écrit une jolie comédie sentimentale qui illustre avec habileté, et ce charme qui n’appartient qu’à lui, les nouvelles surprises de l’amour », pourrions-nous, inconsciemment ou pas, ne pas en tenir compte ?

Il y a aussi le bouche à oreille, les recommandations d’amis et autres préférences des personnes qui nous entourent. C’est ainsi que marche la littérature et je prends d’ailleurs personnellement un plaisir infini à lire, à haute voix, les passages d’un livre que j’ai aimé, pour en donner le ton, ou simplement pour donner envie !

Enfin, et surtout peut-être, il y a le titre. Il y a ceux qui interpellent, ceux qui émeuvent, ceux qui intriguent ou ceux qui laissent de marbre au contraire. Ceux qui nous plaisent et les autres et là, difficile de dire pourquoi.

La rentrée 2009 regorge de titres évocateurs qui m’ont plu. Dans la multitude, j’ai retenu : la Délicatesse, La Femme de midi, Chez nous, Un cœur intelligent, Des hommes, Le Club des incorrigibles optimistes. Sans même en avoir lu le résumé.

Pourquoi ceux là ? Et bien pourquoi pas je vous le demande…

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Musso quand tu nous tiens !

Bien que je trouve les titres des romans de Guillaume Musso archi-culcul la praline (Parce que je t’aime, Seras-tu là ?, Sauve-moi, Et après…), force est de constater que je n’ai jamais résisté au plaisir que me procure leur lecture, subtile dosage de suspense, d’amour résolument impossible et de surnaturel…

Lecture facile, rythmée, imagée et incomparable. L’ensemble est ponctué de citations qui introduisent chacun des chapitres.

Musso

Instants d’exquise lenteur – Aôut 2009

Le résumé semble toujours tiré par les cheveux, l’histoire trop improbable et pourtant on plonge ! Du début à la fin, on est tenu par un fil invisible qui mène à un dénouement auquel on ne s’attend jamais. Lors de ses interviews, Guillaume Musso demande d’ailleurs régulièrement de ne jamais révéler celui-ci au risque de faire s’écrouler l’ingénieux château de cartes.

Le lecteur devient très vite spectateur de ces personnages au bord du gouffre qui lui inspire souvent de la compassion.


Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul.
Nous sommes des personnages de roman
qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l’auteur
(Julien Green)
;

Au coeur de ces romans, l’idée récurrente que la souffrance peut rendre plus fort après avoir dévoré les personnages.

La crainte du pire est tellement plus effrayant que la certitude du pire.
L’ennemi, c’est la peur. Toujours.
(Que serais-je sans toi)
;

C’est donc avec enthousiasme et détermination que j’ai allongé la liste des lecteurs et dégusté d’une traite, comme la spectatrice d’un film noir, Que serais-je sans toi en juillet et Je reviens de chercher en août. Agréable pause littéraire dans laquelle j’ai plongé les yeux presque fermés…

On la connaît tous, cette solitude qui nous mine parfois.
Qui sabote notre sommeil ou pourrit nos petits matins.
C’est la tristesse du premier jour d’école.
C’est lorsqu’il embrasse une fille plus belle dans la cour du lycée.
C’est Orly ou la gare de l’Est, à la fin d’un amour
C’est l’enfant qu’on ne fera jamais ensemble
C’est quelques fois moi, c’est quelques fois vous.
Mais il suffit parfois d’une rencontre…
(Extrait de Que serais-je sans toi)
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Thérapies érico-estivales pour lecteurs allangis

Avez-vous remarqué combien ETE rime avec LEGERETE ?

majorité de…

Nos journaux préférés ne manquent pas une occasion pour éveiller nos envies et stimuler un peu notre libido qu’ils doivent imaginer bien endormies…

« On voyait Babeth descendre vers la plage,
un brin aguicheuse dans sa courte robe de popeline transparente »

.

Quelques exemples pris au hasard puisqu’ils sont nombreux !

ELLE nous propose au choix : « J’ai couché avec mon idole », « Je me suis tapé ma chef » ou le sans-équivoque : « Il venait d’avoir 18 ans »

« Je sentais ce corps si dur,
la courbure de muscles dont j’avais oublié jusqu’à l’existence »
.

MARIE-CLAIRE nous glisse un supplément dans son numéro d’aôut  avec  :

- Love Games
- Dictées érotiques
- Enigmes coquines
- Mots croisés sadomasos, rien que ça !
- Tests nunuches du style « Votre amour d’été passera-t-il l’hiver ? »

PlaisirMême le très sage JDD nous abreuve de témoignages de lecteurs soudainement bavards qui n’hésitent pas à confier leurs aventures sexuelles d’un jour, véritable thérapie érotico-estivales dont les lecteurs se délectent, semaine après semaine, fantasmant en silence et en cachette, allanguis sur le sable chaud…


« La sensualité de la musique et la chaleur ne faisaient que décupler mon excitation.
Mon corps était dans un état de désir violent »
.

Ca fait un peu beaucoup tout ça, surtout en concentré ! Mais qui oserait dire qu’il ne se jette pas un oeil à ses pages, seul ou bien accompagné ?

Pas moi puisque je disserte sur elles aujourd’hui. Après tout, c’est l’été, non ?

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Le bruit du temps qui passe…

La lecture fait partie des plaisirs de cet été…

Me délectant par avance, j’ai choisi avec soin quelques livres triés sur le volet dans une librairie très parisienne où j’aime flâner seule.

Elue parmi quelques autres, Madeleine d’Amanda Stherns a ouvert ce bal estival. La couverture résume à elle seule le contenu de ce roman gorgé d’air marin breton, mélange de mélancolie, de solitude glauque et de souffle de liberté.

Madeleine est seule, solitaire et terriblement silencieuse. Elle n’attend rien alors, durant longtemps, il ne se passe rien.

« Le soir, Madeleine mange seule comme les autres soirs. Elle cuisine au beurre puis regarde la télé. Elle vit seule mais elle ne s’est jamais assise au milieu du canapé. Toujours laisser une place à l’espoir du cul d’un homme près du sien. Elle était prête à tout : à céder le contrôle de la télécommande, à soigner ses dessous, à faire de la couture. Personne ne le lui a jamais demandé. »

Madeleine

« Madeleine se couche tôt le soir. Elle replie les draps sur elle. Elle est à droite dans le grand lit, le coussin près du sien est neuf et moelleux. Elle caresse les draps, elle les lisse bien. Elle dégage ses cheveux derrière les oreilles.

Le temps semble fondre, vaincu par les habitudes et les non-événements. Il n’avance que pour rythmer une animalité. Les repas. Le coucher. Mais il ne passe pas vraiment pour Madeleine qui n’attend rien et que le temps risque d’oublier. Déjà morte dans sa vie sans remous. En terre sous ses draps. »

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Madeleine en oublie même que vivre, c’est aussi respirer.

« Pendant longtemps, Madeleine a dû penser à respirer, ça ne lui venait plus naturellement.
Lorsqu’elle était concentrée sur une idée, elle pouvait ne pas respirer pendant une quarantaine de secondes puis l’air venait à  lui manquer, alors elle ouvrait grand la bouche. Ca lui donnait des vertiges, comme quand on se lève soudain. »
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Madeleine n’attend rien. Elle n’aspire à rien d’autre qu’à cette vie sans relief sans laquelle elle se vautre en silence. Alors, jusqu’à ses 40 ans, rien ne vient perturber ce métronome parfaitement huilé. Rien ne se passe avant l’arrivée d’un homme de passage qui ne fera également que passer furtivement dans sa vie.

Aors, sous ses airs de Bretonne coincée et figée dans le temps, la Madeleine s’aventure dans une histoire d’amour qui la dépasse, la submerge avant de la libérer pour de bon d’une vie qu’elle aura passé son temps à subir et à regarder s’écouler sans prise.

La conclusion résume l’effet de cet homme de cœur improbable qui « aura traversé sa vie comme on traverse un couloir ».
Madeleine résume laconique : « Le visage de Castellot laissait peu à peu de la place. Il était beau mais lointain désormais (…) On nous voit et puis plus. On partage sa peau pour un moment qui se sauve. Voilà. »
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Voilà oui…

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